Plongée au cœur des bruits de Korotkoff : Comment mesure-t-on les pressions systolique et diastolique ? Fondements et portée historique de la méthode auscultatoire

Plongée au cœur des bruits de Korotkoff : Comment mesure-t-on les pressions systolique et diastolique ? Fondements et portée historique de la méthode auscultatoire

7 mars 2026

Lors d’un bilan de santé, lorsqu’on nous dit : « Votre tension artérielle est de 130/85 », nous nous demandons rarement pourquoi ces deux nombres sont nécessaires ou comment ils sont mesurés.

Pourtant, la mesure non invasive de ces « deux chiffres » n’a été rendue possible qu’il y a 120 ans, grâce à l’intuition d’un médecin militaire russe qui a posé son stéthoscope sur le bras des soldats blessés.

Dans cet article, nous examinerons en détail les principes qui sous-tendent la mesure de la pression artérielle systolique et de la pression artérielle diastolique.


1. Que sont les pressions artérielles systolique et diastolique ?

H3: Pression artérielle systolique (Pression maximale) C’est la pression maximale exercée sur les parois des artères au moment où le cœur se contracte. En anglais, on l’appelle systolic blood pressure.

H3: Pression artérielle diastolique (Pression minimale) C’est la pression minimale qui subsiste dans les parois artérielles pendant que le cœur se relâche. En anglais, on l’appelle diastolic blood pressure.

H3: Pourquoi deux valeurs sont-elles nécessaires ? Puisque le cœur bat continuellement, la pression n’est pas constante, mais fluctue entre un maximum et un minimum à chaque battement. La connaissance de ces deux extrêmes permet de comprendre l’état complet du système cardiovasculaire.


2. Avant Korotkoff : Pourquoi seule la pression systolique était-elle mesurée ?

H3: L’ère de la méthode palpatoire À la fin du XIXe siècle, les appareils (inventés par von Basch puis Riva-Rocci) utilisaient la « méthode palpatoire ». En dégonflant le brassard, on lisait la pression au moment où le pouls redevenait palpable, ce qui donnait la pression systolique.

H3: Les limites de la palpation Cette méthode ne détectait que le retour du pouls. Les doigts n’avaient pas la sensibilité nécessaire pour détecter le passage d’une artère partiellement comprimée à une artère complètement relâchée (pression diastolique). L’idée d’« écouter » au lieu de « palper » a permis de franchir cet obstacle.


3. Nikolaï Korotkoff : Une découverte née sur le champ de bataille

H3: La vie d’un médecin militaire Né en 1874 en Russie, le Dr Nikolaï Korotkoff participait à la guerre russo-japonaise. En tant que chirurgien vasculaire, il devait souvent ligaturer les artères des soldats blessés.

H3: La problématique Le défi majeur : « Reste-t-il suffisamment de flux sanguin dans ce membre pour la survie des tissus ? » Un flux trop faible ne pouvait pas être détecté au doigt.

H3: « Écouter les sons » Korotkoff eut l’idée de placer un stéthoscope en aval du brassard. Il découvrit qu’en réduisant la pression, un son caractéristique apparaissait, puis disparaissait totalement. Les pressions correspondant à ces bruits reflétaient avec précision la pression dans les vaisseaux.

H3: Un rapport de 281 mots En novembre 1905, il présenta sa découverte en seulement 281 mots à l’Académie impériale de médecine militaire de Saint-Pétersbourg. Ce rapport a révolutionné la médecine mondiale.


4. Les 5 phases des bruits de Korotkoff : Que se passe-t-il réellement ?

L’apparition des bruits est régie par la dynamique des fluides : l’écoulement laminaire (silencieux) et l’écoulement turbulent (bruyant).

  • Phase 1 : L’artère s’ouvre légèrement. L’écoulement devient turbulent, créant des bruits clairs. Cela correspond à la Pression systolique.
  • Phase 2 et 3 : L’artère s’ouvre davantage. Le bruit s’intensifie.
  • Phase 4 : Le son devient soudainement plus sourd. L’écoulement turbulent diminue.
  • Phase 5 : L’artère est totalement ouverte. Le flux redevient laminaire et silencieux. C’est la Pression diastolique.

Il y a eu des débats cliniques entre de la Phase 4 et 5, particulièrement chez les femmes enceintes ou les enfants, mais la Phase 5 reste le standard international1.


5. Pourquoi cette mesure fut-elle une révolution ?

  1. La première mesure non effractive de la pression diastolique.
  2. Une reproductibilité considérablement accrue : L’apparition/disparition du son est plus objective que la simple palpation.
  3. Réalisable avec du matériel déjà existant : L’association d’un sphygmomanomètre et d’un stéthoscope classiques.

6. L’évolution vers une norme mondiale

Bien que Korotkoff soit mort prématurément de la tuberculose en 1920 à 46 ans2, sa méthode (la méthode auscultatoire) s’est répandue en Europe et en Amérique grâce à des médecins comme Harvey Cushing.

En 1939, l’American Heart Association (AHA) et la British Cardiac Society l’ont adoptée comme le standard officiel mondial pour la mesure de la pression artérielle3.


7. Les limites de la méthode et son pont avec l’ère moderne

Le processus dépendait du talent du manipulateur (variations induites par la technique). À partir des années 1970, la science a basculé vers la méthode oscillométrique (mesure automatisée des vibrations dans le brassard, très répandue par Omron et Terumo)4.

Toutefois, la méthode auscultatoire de Korotkoff demeure le véritable « Gold Standard » (l’étalon-or) en clinique. Tous les algorithmes informatiques modernes ont été calibrés à l’origine en fonction de cette « vérité fondamentale » auditive.

La prochaine fois que le brassard d’un tensiomètre se serrera autour de votre bras, songez à l’intuition brillante de ce médecin de Koursk et à plus d’un siècle d’histoire de la médecine.


Articles connexes


Références


  1. Pickering TG, et al. Recommendations for Blood Pressure Measurement in Humans and Experimental Animals. Hypertension. 2005;45:142-161. DOI: 10.1161/01.HYP.0000150859.47929.8e ↩︎

  2. Shevchenko YL, Tsitlik JE. 90th Anniversary of the Development by Nikolai S. Korotkoff…. Circulation. 1996;94:116-118. DOI: 10.1161/01.CIR.94.2.116 ↩︎

  3. American Heart Association. Standardization of blood pressure readings. Am Heart J. 1939;18:95-101. ↩︎

  4. Stergiou GS, et al. Home blood pressure monitoring…. J Hypertens. 2021;39(8):1519-1534. ↩︎